À l’ombre du monde : Chapitre 2 en avant-première

🎊🎉 AVANT-PREMIÈRE 🎉🎊

Chers amis,

Aujourd’hui, pour vous remercier de me suivre, je vous propose de découvrir le premier chapitre de mon nouvel opus qui sortira vendredi 11 décembre. D’autres surprises suivront !

🎊🎉 CHAPITRE 2 🎉🎊
13 MARS
Jour du Soleil

À moins de trois cents kilomètres de là

— Ce qui est là-bas est ici. Jures-tu de défendre ce secret au péril de ta vie ?

— Je le jure. 

L’adepte, un homme de quarante et un ans de grande taille aux muscles saillants, contemple les objets réunis sur l’autel cylindrique de marbre noir face à lui. Une lyre, un plectre d’or d’un côté, un arc et des flèches d’argent de l’autre. La lyre et le plectre pour la lumière et les arts, l’arc et les flèches contre la peur et l’ignorance. Ces attributs font sur l’adepte l’effet d’une puissance divine infinie. Il repense à tous les Grands prêtres les ayant détenus avant lui depuis plus de vingt-huit siècles.

Forgés par Apollon lui-même, se dit-il. Le dieu de la lumière, de la nuit et de la divination. 

Comme l’exige le Chemin des frères, il a commencé son initiation vêtu de la tenue rituelle de l’esclave du dieu Apollon : une ample tunique de toile beige sur son corps nu, le cou et les poignets entravés par des cordes de cuir, une capuche et un masque dissimulant son visage. Les prêtres, pointant vers lui l’arc bandé du dieu, avaient demandé : 

— Déclares-tu ton désir sincère de pénétrer les mystères et les secrets de cette Confrérie ?

— Oui, je le désire, avait-il répondu.

— Promets-tu de la servir au mieux ?

— Je servirai la Confrérie au péril de ma vie.

— Puisses-tu ne jamais oublier cette promesse, avait alors prévenu Mordoh, et puisse le serpent Python t’étouffer si tu trahis les secrets qui te seront confiés.

L’adepte ne s’était pas laissé intimider, persuadé qu’il empruntait le bon escalier, désireux de le gravir le plus rapidement possible. Il fallait qu’il se montre plus investi que les autres, et qu’il accomplisse quelque chose d’exceptionnel. Sans cesse, il a nourri cette pensée de réussite, condition sine qua non de réalisation de son rêve de grandeur. 

Ce soir, devant tous ses frères et sœurs, vêtus de noir et de blanc, il porte enfin la tunique pourpre des prêtres oraculaires d’Apollon. Les membres réunis en cercle au pied de l’immense statue d’or du dieu se balancent au rythme des psalmodies. Bercé par elles, l’adepte contemple les masques qui l’entourent. Même s’il ne peut voir leurs visages, il connaît ses frères mieux qu’eux-mêmes ne se connaissent. Ils font partie des puissants, et il vibre à l’idée de bientôt devenir le plus puissant d’entre eux. 

Tant de tractations ont été nécessaires pour s’élever vers la lumière ! 

L’adepte sourit intérieurement. Aucun être humain ne pourrait imaginer qu’un rituel secret puisse avoir lieu en cet endroit, ce sanctuaire sacré, secret depuis l’Antiquité. Si les dizaines de millions de touristes savaient ce qui se déroule juste à côté d’eux, à  leur insu, à l’abri de leur vue et de leur ouïe !

Le temple qui abrite le rituel remonte aux premiers temps de l’oracle, aux environs du VIIIe siècle av. J.-C. Un véritable dédale de couloirs, de chambres de cérémonie, de bibliothèques, de caveaux, mausolées, cabinets noirs, escaliers ancestraux donnant sur des gouffres insondables. La plupart des inconscients qui ont voulu l’inspecter en totalité n’en sont jamais revenus. Mais l’adepte n’a pas besoin de l’explorer pour savoir que la plus importante de toutes ces salles est celle où il se tient à genoux actuellement, devant la lyre et l’arc d’Apollon. 

L’adyton.

Des dalles de marbre lustrées par le temps, gravées de signes à demi effacés, sur lesquelles ont été ordonnées des bougies avec soin. Des murs constitués de feuilles de laurier sculptées, entrecoupées de médaillons ornés de triglyphes, de symboles ésotériques, astronomiques, alchimiques et religieux, baignés par la lueur vacillante d’un feu. Un brasero, un lutrin vide, trois trépieds d’or disposés autour de l’autel. Le plafond, supporté par de hautes colonnes de marbre blanc argenté, s’élève jusqu’à une voûte ténébreuse, constellée d’étoiles, vers laquelle les voix s’élèvent et s’entremêlent. 

Et devant la statue du dieu, un trône monumental de marbre brut, autour duquel sont réunis les cinq ministres du Culte et où l’adepte prendra bientôt place.

Ce qui est là-bas est ici.

Un bruit de cymbale résonne dans le temple et le silence se fait.

— L’heure est venue, fait une voix. 

L’adepte lève les yeux vers les deux hommes drapés de pourpre qui le dominent : les deux prêtres d’Apollon, les deux hommes qui conduisent la Confrérie en l’absence de Grand prêtre. L’un d’eux, Alexandro Dimopoulos, porte dans ses mains une cymbale antique – épais disque d’argent datant de l’époque minoenne –, ainsi qu’une baguette de même nature. L’autre prêtre, Sacha Mordoh, devrait porter les précieux écrits sacrés, mais les adeptes les ont perdus. 

Trente ans. Trente ans que la Confrérie attend dans l’ombre, sans aucun maître pour la guider. 

L’Ordre a failli être balayé. Annihilé. Mais Mordoh, Dimopoulos et l’adepte se sont battus pour empêcher ce désastre. 

Si seulement le Grand prêtre qui m’a précédé ne nous avait pas trahis…

L’adepte ravale sa colère. Ils vont bientôt retrouver la dernière pièce manquante du puzzle. Le troisième pilier de la prophétie qui annonce la résurrection de la Confrérie. Une nouvelle ère s’ouvrira alors à eux, pleine de promesses et d’espoirs, et c’est lui, par son sacrifice, qui a été choisi pour y conduire ses frères.

— Ton sacrifice te fait accéder aujourd’hui à la plus haute fonction de notre Confrérie, fait la voix de Mordoh, au timbre rauque et éraillé. Es-tu prêt ?

— Je suis prêt.

— En ce cas, il est temps de prêter serment. Tout commence ici. 

L’adepte laisse les paroles de son ami et mentor se déverser en lui. Il les a tant rêvées et attendues. L’atmosphère solennelle dans laquelle est plongé l’adyton fait resurgir dans son esprit tous les avertissements qui ont émaillé son parcours. Flagellation, lapidation, noyade… 

Un nouveau bruit de cymbale retentit. 

— Frère, reprend le prêtre au masque pourpre en posant une main sur son épaule. Le moment est venu de prononcer le serment final. 

S’armant de courage pour franchir la dernière étape de son voyage, l’adepte se dresse sur les genoux et, avec d’infimes précautions, saisit le plectre et la lyre, dont l’or reflète la lueur du feu et des bougies en mille rayons divins. Dans le silence qui noie le temple, il sent tous les regards de ses frères posés sur lui. Tous attendent qu’il prête l’ultime serment pour l’accueillir comme nouveau Maître. 

Enfin.

Un pouvoir sans limites. 

Investi d’une énergie nouvelle, l’adepte prend une grande inspiration avant de prononcer les mots que tant d’hommes illustres ont prononcés avant lui : Plutarque, Pausanias, Cyriaque d’Ancône, Galilée, Ficin, Blake, Balzac… sans oublier ceux venus les consulter : Héraclès, Alexandre le Grand, Auguste, Hadrien, Jules César, Napoléon… 

— Puisse Apollon guider mes pas pour honorer les traditions et servir mes frères au mieux. Puisse le serpent Python m’étouffer si je trahis ma Confrérie. 

Sa voix résonne sous la haute voûte. 

D’un geste solennel, il approche le plectre de la lyre, effleure l’une des cordes. Il recule la main et joue la mélodie apprise depuis si longtemps par cœur. Les psalmodies s’élèvent à nouveau, accompagnant l’instrument, et les silhouettes encapuchonnées se balancent au rythme de la cymbale. 

Apollon semble sourire. 

Un dieu vengeur, vindicatif, prompt à punir ceux qui le défient, fratricide s’il le faut. Un dieu qui n’a pas hésité à écorcher vivant le satyre Marsyas, amateur de flûte, qui lui avait lancé un défi musical. 

Un dieu également bâtisseur. « Ô Loxias ! Sous tes auspices s’élèvent les villes ; car tu te plais à les voir se former, et toi-même en poses les fondements. » Platon reconnaît ce rôle à Apollon, et conseille à tout fondateur d’un état de se référer aux lois établies par le dieu ; lois « qui regardent la fondation des temples, les sacrifices, et en général le culte des dieux, des démons et des héros, et aussi les tombeaux des morts et les honneurs qu’il faut leur rendre afin qu’ils nous soient propices… »

Un dieu d’argent et d’or, d’ombre et de lumière. 

Je serai ce dieu vengeur, ce dieu bâtisseur. Une nouvelle Confrérie renaîtra des cendres de l’ancienne. 

Une fois la musique rituelle jouée, tous s’immobilisent. 

Le silence revient. 

— Grand prêtre, lève-toi. 

Saluant ses paroles si attendues d’un sourire dissimulé sous son masque, Lucas Stathatos les laisse résonner en lui durant de longues secondes avant de s’exécuter. Il tient à savourer ce moment. Il se redresse enfin et tous, autour de lui, s’agenouillent. Il range ses instruments dans la poche de sa tunique et saisit l’arc et les flèches. 

La lyre pour la lumière et les arts, l’arc et les flèches contre la peur et l’ignorance.

Une chaleur se diffuse dans ses veines tandis qu’il prend place sur le trône de marbre massif, les symboles de puissance en main, aux pieds du dieu qui lui confère ses nouveaux pouvoirs, et qu’il entend presque respirer. Il promène les yeux sur les personnalités masquées en train de lui jurer allégeance en se disant qu’il se trouve enfin à la place qu’il aurait toujours dû occuper. 

La puissance de ma famille sera bientôt restaurée. 

Peu importe le prix à payer. 

À L’OMBRE DU MONDE :

« Une île grecque, un peu avant minuit

Ariane, sa fille et son mari se retrouvent enfin seuls sur la plage féerique de Myrtos. Lorsque la jeune historienne sort de l’eau, et qu’elle cherche les siens en vain, elle croit d’abord à une mauvaise plaisanterie. Mais quand toutes les preuves attestent qu’elle a voyagé seule et n’a jamais eu ni enfant ni mari, il ne reste que deux explications possibles.Soit elle a rêvé sa vie, soit on la lui a effacée.


À moins de trois cents kilomètres de là, un homme accède à la plus haute fonction d’une Confrérie occulte. Il va enfin pouvoir se venger… »
​​​​​​​

NDLR : histoire en deux tomes :
— le T1 sortira le vendredi 11 décembre,
​​​​​​​— le T2 en janvier/février, le temps de le lustrer encore un peu…

On se retrouve bientôt pour partir loin 😉 

En attendant, prenez soin de vous.

#thriller #policier #suspense #mystere #societesecrete

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