Les émotions : comment faire peur à vos lecteurs ?

the ring movie - costaeric.comComment faire trembler de peur vos lecteurs ?

Vous rêvez d’écrire des histoires qui font peur, mais vous ne savez pas comment faire ressentir cette émotion. Vous vous y essayez, mais lorsque vous relisez votre texte, il vous parait plat. Vous ne ressentez pas l’émotion recherchée.
Comment faire trembler vos lecteurs à tous les coups ?
Rassurez-vous, il y a plusieurs moyens de faire ressentir la peur à vos lecteurs. De les faire frissonner, trembler. De faire palpiter leur coeur et rendre leurs mains moites lorsqu’ils vous liront.

Faire ressentir la peur à travers le sensoriel :
Je vais vous donner l’une des meilleures méthodes pour faire pâlir vos lecteurs. Cette méthode fonctionne car elle passe par le sensoriel du lecteur. Elle est employée par de nombreux maitres de l’angoisse, tels que Stephen King, dont voici un extrait de « Peur Bleue » : « Presque aussitôt, deux bras puissants et noueux se referment sur lui ; une odeur de sang et de cannelle envahit ses narines, et le lendemain, on retrouve son cadavre décapité adossé au monument aux morts, le ventre ouvert, une main déjà froide crispée sur son cerf-volant. ». Ressentez-vous les émotions provoquées par les sens (contact des bras puissants et noueux, odeur de sang et de cannelle (association surprenante), vision du cadavre décapité, la pierre froide et rugueuse du monument aux morts, le contact de la main crispée sur le cerf-volant (surprenant à nouveau) ?

Comment être sûr de provoquer la peur ?
Il faut faire en sorte que le lecteur ressente les mêmes émotions que le héros. Il s’agit tout d’abord de décrire les évènements tel que le héros les perçoit, comme s’il avait une caméra embarquée sur son épaule. Et ensuite, il s’agit de décrire les réactions corporelles de votre héros pour que le lecteur les ressente également par empathie.
Attention, il y a un travers à éviter. Pour que le lecteur s’identifie et ressente les émotions du héros, il ne faut en aucun cas utiliser les mots « peur, effroi, terreur ou encore épouvante… ». En effet, lorsque vous lisez la phrase : « John regarda le spectre avec épouvante », ressentez-vous le frisson ? Non, évidemment. Le mot épouvante tombe complètement à plat alors qu’il représente l’une des plus intense nuance de la peur. La raison de cela est qu’il nécessite une intellectualisation qui va nuire au ressenti du lecteur, car il va le sortir de l’histoire. Préférez les effets tels que « en apercevant l’ombre glisser le long du mur de sa chambre, John se figea. » En décrivant une manifestation physique, on connecte directement le lecteur au héros, sans passer par une intellectualisation, qui est par essence le contraire d’une émotion.
Ma méthode consiste à utiliser tous les sens pour immerger le lecteur et lui faire ressentir la peur sans jamais la nommer. Je vous propose d’étudier cette méthode à travers un exemple. Imaginons que John vient d’apercevoir le visage de sa soeur défunte à la fenêtre d’une maison abandonnée. En proie aux doutes, il décide d’y entrer et d’aller inspecter le premier étage pour tenter de la retrouver.

Passons au crible les cinq sens que nous allons employer pour faire ressentir la peur au lecteur :

les 5 sens - costaeric.comLa vision permet de décrire le sujet de la peur de manière à ce qu’on se la représente facilement, mais ce n’est pas forcément ce qui va faire le plus peur aux lecteurs. Prenez par exemple cette phrase de Lovecraft : « Les eaux fourmillaient d’une horde de formes qui nageaient en direction de la ville ; même à cette distance et en un seul regard je pouvais affirmer que les têtes qui dansaient sur l’eau et les bras qui s’agitaient étaient tellement étrangers et anormaux que l’on ne pouvait ni l’exprimer ni le formuler consciemment. ». Ressentez-vous de la peur en lisant cette description de monstres ?
Voici l’introduction que je propose pour notre exemple : « Un escalier âgé et vermoulu se dresse devant John. Ses marches s’échelonnent de manière chaotique et imprécise jusqu’à se perdre dans l’obscurité du premier étage. Ça et là, des toiles d’araignée s’agitent dans l’air poussiéreux. »
L’ouïe. Un silence pesant, brusquement interrompu par un cri ou un claquement de porte peut très bien suggérer une atmosphère étrange et effrayante. Ou alors un bruit ininterrompu qui fait mal à la tête, et qui s’arrête d’un coup. Dévoile-t-il l’arrivée d’une présence dangereuse ? D’un être tellement abominable que tout s’arrête ?
Revenons à notre exemple : « Il pose le pied sur la première marche. Le bois sombre craque sous son poids. »
Le toucher. « Alors qu’il parvient à la moitié de l’escalier, un vent glacial remonte du rez-de-chaussée. La lumière de sa torche s’éteint. Un frisson secoue John. Après une longue hésitation, il choisit de monter les marches à l’aveugle. Le bois de la rambarde est lisse et froid contre sa main. Il sent soudain une matière visqueuse sous ses doigts et se fige. ».
L’odorat. « Une odeur de moisi assaillit ses narines. »
Le goût. « Il s’aperçoit qu’il n’a plus de salive dans la bouche. ».

Exemple concret :
Rassemblons le tout et voyons ce que cela donne en s’assurant de mettre en place une gradation des effets :

« Un escalier âgé et vermoulu se dresse devant John. Les marches irrégulières s’élèvent jusqu’à se perdre dans l’obscurité. Des toiles d’araignée s’agitent dans l’air poussiéreux. John pose le pied sur la première marche et sent le bois craquer sous son poids. Alors qu’il parvient à la moitié de l’escalier, un vent glacial remonte du rez-de-chaussée. Un frisson parcourt son corps. Les flammes de sa torche vacillent et s’éteignent. John se fige. Son coeur bat à ses tempes. Une sensation glacée coule le long de son dos. Il reprend sa progression d’un pas hésitant. Les battements accélérés de son coeur se mêlent au craquement du vieux bois. La rambarde de l’escalier, lisse et froide contre sa peau, laisse soudain place à une matière molle, froide et visqueuse. John retire sa main d’un coup sec. Une odeur de moisi, de putréfaction, assaille ses narines. John déglutit avec difficulté. »

escalier hanté - costaeric.comÊtes-vous satisfait du résultat ? Avez-vous éprouvé des émotions en lisant ce texte ? Avec-vous ressenti le mystère et la peur ? Si c’est le cas, remarquez bien qu’à aucun moment je n’ai utilisé le mot peur. Je l’ai suggéré, ce qui est beaucoup plus fort dans l’expérience de lecture.

À votre tour d’écrire un texte qui fait peur :
Imaginez quelqu’un qui habite seul dans une maison isolée en pleine forêt. Il est soudain réveillé par un bruit. Lorsqu’il ouvre les yeux, il aperçoit une lumière verdâtre filtrer sous la porte de sa chambre. Que lui arrive-t-il ? Écrivez votre texte en imaginant ses sensations et ses réactions. Gardez à l’esprit d’utiliser un maximum les cinq sens.
Est-ce que votre texte vous parait toujours plat ou est-ce que vous ressentez une certaine peur en le relisant ?

Pour aller encore plus loin :
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Cette nouvelle parle d’une jeune adolescente qui se réveille d’une soirée alcoolisée avec le souvenir d’un rêve étrange. Une chenille bleue qui rampait le long de son bras. Plus tard, lorsqu’elle tombe par hasard sur une chenille semblable, elle se demande si elle a bien rêvé. Peu à peu, le rêve se transforme en cauchemar…

Si cet article vous a plu, postez vos textes dans les commentaires. Faites-nous part de votre expérience. Nous y répondrons.

2 réflexions sur “Les émotions : comment faire peur à vos lecteurs ?

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