À l’ombre du monde, Livre II, chap 1

🎊🎉 AVANT-PREMIÈRE 🎉🎊

Chers amis,

J’espère que vous allez bien.

Aujourd’hui,  je vous propose de découvrir le premier chapitre de À l’ombre du monde : Livre II, qui sortira vendredi 5 février et clôturera ce diptyque.

En vous souhaitant une belle lecture !

RÉSUMÉ DU LIVRE I 

Ariane et Jean font équipe pour découvrir la vérité sur la disparition d’Edrielle et de Damien. Le Manuscrit de Plutarque en main, ils espèrent rejoindre Sophia, une théologienne savante et excentrique, dans l’espoir qu’elle saura les guider.

Prêt à tout pour les arrêter, Radès envoie Pollock à leurs trousses à Nice.

Edrielle, qui espère s’échapper du palais Garibaldi, fait face à son destin.

CITATIONS

« Enfants, apprenez les bonnes manières,
Jeunes hommes, apprenez à contrôler vos passions,
Hommes mûrs, soyez justes,
Dans la vieillesse, donnez de bons conseils,
Puis mourez sans regrets. »

Ces sages commandements des hommes d’autrefois – paroles des penseurs fameux – 
sont gravés au saint des saints du sanctuaire de la Pythie.
De là, Klearchos, après les avoir copiés avec soin, les a mis en place, brillants jusqu’au lointain, dans
le sanctuaire de Kineas.

🎊🎉 CHAPITRE 1 🎉🎊

Nice, minuit dix

Pour gagner du temps, Ariane et Jean ont choisi d’emprunter la Promenade des Anglais avant de se fondre dans la vieille ville. Ils avancent avec prudence, évitant les caméras de surveillance qu’ils parviennent à déceler, slalomant entre les réverbères qui projettent d’étranges ombres sur la chaussée. En dépassant la somptueuse façade Belle Époque de l’hôtel Negresco, la jeune femme songe à la légende qui veut que la haute coupole rose soit une évocation du sein de la maîtresse d’Henri Negrescu, fils d’un aubergiste roumain devenu maître d’hôtel, puis directeur de casino avant de faire construire son propre hôtel inauguré en 1913 – et rapportant dès ses débuts un bénéfice estimé à plus de 400 000 francs par an.

Tous deux longent la mer en contemplant la lune qui s’y miroite. Un air frais et iodé leur parvient du large. Bercée par le ressac, Ariane s’abandonne à une sensation d’apaisement quelque peu troublée par la question qui la hante : vont-ils réellement trouver Sophia ? Même si elle a la certitude que l’excentrique théologienne les accueillera, les aidera si elle le peut, rien ne dit qu’elle a gardé son port d’attache, ni même conservé son yacht. Les millionnaires n’ont peut-être pas plus de lubies que les autres, mais elles ont certainement plus d’impact. 

Tous deux bifurquent vers les maisons hautes et colorées du vieux Nice juste après le Jardin Albert 1er, et contournent par le nord l’abrupte et verdoyante Colline du Château qui se dresse au cœur de la vieille ville. Tandis qu’elle marche, Ariane se prend à rêver des possibilités que pourrait leur offrir Sophia qu’il s’agisse de gîte, de transport et même de sécurité, si elle accepte de les emmener en dehors des eaux territoriales françaises.  

Ils parviennent au Vieux-Port sans que la jeune femme s’en aperçoive. Jean lui fait signe de s’arrêter. Il scrute les lieux un long moment.

— Tu regardes quoi ?

— Les caméras de sécurité. Les ports sont toujours très surveillés par la police, la douane ou des sociétés privées. On va rester à bonne distance des quais.

Tous deux suivent en silence la parallèle au quai Amiral Infernet. Le phare de Nice, comme pour les prévenir d’un danger imminent, brûle d’un rouge écarlate loin au-dessus des flots.

— À quoi ressemble le bateau de Sophia ? demande Jean d’un air soucieux.

— Elle m’a confié qu’il est à son image et que je ne pourrai pas le manquer. Très grand, très moderne et noir comme la nuit. 

— Pratique, observe Jean en levant les yeux au ciel, auquel les rares lumières de la ville donnent l’apparence d’un rideau occultant. 

Ils parcourent une centaine de mètres de plus avant que le policier ne se tourne vers elle. 

— Celui-là ? fait-il avec scepticisme. 

Ariane suit l’index du policier des yeux et aperçoit, entre les yachts pour la plupart blancs, une structure hyper moderne qui les écrase tous par sa taille, et qui se fond dans l’obscurité comme un aigle au bec acéré. 

— Peut-être bien, fait-elle sans vraiment y croire. 

Je savais Sophia fortunée, mais là…

Tous deux se remettent à avancer, baissant la tête lorsqu’ils croisent un groupe d’inconnus. Jean accélère le pas. La silhouette noire du navire devant eux ne cesse de grandir. Ils dépassent un bateau d’une cinquantaine de mètres et se figent. 

Devant eux se profile un superbe yacht noir ébène, aux lignes épurées, au fuselage étincelant dans les faibles lueurs nocturnes. Tout en courbes et angles, doté d’un design aussi futuriste qu’agressif, le bolide géant de plus de cent mètres de long tient plus de l’avion de chasse que du navire. Son profil aérodynamique de prototype avant-gardiste, surmonté d’un hélicoptère aussi sombre que son fuselage, les pales repliées vers l’arrière, semble pouvoir découper aussi bien l’eau que l’air. En son milieu, une myriade de vitres teintées, formant des triangles de différentes tailles positionnés selon tous les angles, font penser à des tableaux de Paul Klee, et donnent l’impression que la superstructure est prête à se détacher de la coque pour fondre dans l’espace comme un missile thermonucléaire. 

Sur le côté, un nom, gravé en lettres d’or à la manière des vieux gréements : « Arrow ».

— Une amie millionnaire ? interroge Jean au bout d’un moment.

— J’avais remarqué ses bijoux, mais ça !

Ariane reste pantoise.  

— Quand je vois ça, je pense plutôt à un émir, note le policier.

— Allons vérifier.

— Donne-moi d’abord le manuscrit, demande Jean. Je vais le garder dans la poche intérieure de ma veste, c’est plus sûr. Et ne parlons pas des énigmes de ton père sans s’être consultés. 

— D’accord. 

Ariane s’exécute en prenant garde de ne pas être vue, et suit Jean, le cœur serré. Un doute l’envahit. Elle commence à se demander si Sophia est réellement la propriétaire d’une telle forteresse flottante. 

La poupe du navire ne fait qu’accentuer leur stupeur. Deux escaliers de teck conduisent au pont arrière, un Beach club doté d’un bar à cocktails et d’une magnifique piscine encore éclairée, surmontée d’une cascade clapotante entourée de chaises design et de transats parfaitement alignés. Un mur de verre incliné, qui s’étend depuis le pont principal jusqu’au pont supérieur, ferme ce qui semble être le salon principal, plaqué de marbre et orné de dorures voilées par des rideaux de satin blanc. 

Ariane se sent de plus en plus fébrile. Le parfait mariage entre le noir de la coque, le brun du pont de teck, le blanc des chaises longues, des rideaux et du marbre, le bleu turquoise de la piscine, une œuvre d’art ultramoderne suspendue entre ciel et mer.

Quelques fenêtres sont encore éclairées. 

— Pas encore couchée, à trois heures du matin ? demande Jean.

— Je t’ai dit que c’est une originale. Elle m’a confié qu’il lui arrive parfois de lire ou d’étudier toute la nuit. 

— Quand on aime…

Ariane scrute le pont arrière. 

— Étrange qu’il n’y ait personne. Sur des yachts de ce calibre, il devrait y avoir un agent de sécurité. 

Jean lui désigne les caméras embusquées dans le toit du Beach club. 

— En réalité, il y a des caméras partout, souffle-t-il avec un clin d’œil. Du coup, on attend ou on sonne ?

Ariane jette un œil à la passerelle de bois relevée, censée relier le pont au quai, et avise un dinghy attaché à la poupe du yacht. Elle repère alors un interphone portant la mention : ATTENTION, CHIEN MÉCHANT. 

La jeune femme sonne et patiente un instant, dans l’attente d’un aboiement rauque et guttural, mais rien ne vient troubler le silence de la nuit, si ce n’est les voitures qui traversent le port et un jappement craintif éloigné. 

Un bruit de sirène retentit au loin. Jean jette un œil circonspect aux alentours. Le corps tendu, Ariane sonne à nouveau et attend, tandis qu’une sonnerie retentit dans le petit haut-parleur. 

— Qui est là ? interroge une voix d’homme à l’accent anglais prononcé.

— Ariane Mantis. S’agit-il bien du yacht de Sophia Diplos ?

— Que lui voulez-vous ?

La jeune femme fixe Jean, gagnée par une intense vague de chaleur. Quel motif invoquer à une heure comme celle-ci ?

— Nous aimerions le lui dire… personnellement. 

— Malheureusement, madame n’est pas ici. 

Jean secoue la tête en maugréant. La jeune femme fronce les sourcils.

— Vous êtes sûr ? Je… il y a pourtant son hélicoptère…, tente Ariane, sans aucune certitude de ce que cela implique.

— On ne peut plus sûr, répond son interlocuteur d’une voix sèche. 

La jeune femme porte une main à son front. Évidemment. Sophia voyage beaucoup, voguant de conférence en conférence, de visite en visite. Mais son majordome l’accompagnait, à Aix. Que fait-il ici, si elle n’est pas là ? 

Que vont-ils faire, à présent ? 

Le lieutenant de police la tire par l’épaule. 

— Allez, vaut mieux pas rester ici. 

— Savez-vous quand madame reviendra ? insiste Ariane malgré tout.

Un silence lui répond et son ventre se serre. Elle avait mis tous ses espoirs dans cette visite. Sans Sophia…

— Madame est revenue, indique une voix de femme vive et joyeuse. Elle était en voyage… mental. 

Ariane se sent vaciller de surprise et de soulagement. Elle se précipite sur l’interphone. 

— Comment allez-vous, Sophia ?

— C’est plutôt à vous qu’il faut le demander. Si j’ai bien compris, vous avez perdu deux êtres chers. 

— Comment le savez-vous ?

— Les médias, répond la voix. Ils en ont fait mention en prétextant que c’était de la schizophrénie… 

La jeune femme serre les dents pour apaiser sa colère. Gavras, évidemment.

— Vous pouvez vous rassurer, poursuit Sophia. J’ai consulté les astres, ils sont tous deux sains et saufs. 

Jean adresse à Ariane un regard incrédule.

— Très rassurant, en effet…, répond cette dernière sans y croire une seconde. 

— Et qui est le charmant monsieur qui se trouve avec vous ? poursuit la voix.

— Jean. Il est lieutenant dans la police. 

— Montrez-moi votre carte. 

Jean s’exécute. 

— Police judiciaire de Salon-de-Provence, dit-il, lisant tout haut l’inscription qui y figure. 

Un silence empli de doutes et de craintes s’abat sur les deux jeunes gens. Ariane se mord la lèvre. Sophia les sait-elle en cavale ? Va-t-elle prendre le risque de les accueillir ?

— Vous avez été discrets ?

L’historienne se mord la lèvre. 

— Autant qu’on puisse l’être, tente de rassurer Jean. Connaissant les méthodes de surveillance policière, je suis à peu près certain que personne ne nous a vus.

Nouveau silence. 

Si ça ne fonctionne pas, on n’a plus qu’à trouver le moyen de passer la frontière de nuit, se dit Ariane. Et ça risque d’être coton. Elle se sent épuisée. 

— Montez à bord. John va venir vous accueillir. 

La jeune femme se tourne vers Jean le cœur battant, les yeux grands ouverts. 

— Restons quand même sur nos gardes, souffle le policier.

Tandis que la passerelle s’abaisse, parfaitement silencieuse, jusqu’à effleurer avec délicatesse le quai, Ariane contemple les flots mouvants qui se reflètent dans la coque de basalte. L’imposant navire les domine d’au moins vingt mètres. Sa façade pure, parfaitement lisse, contraste avec délice avec les édifices anciens qui encerclent le port. Plusieurs fenêtres s’éclairent sur les différents ponts, comme un mouvement de lumière courant vers eux.

Enfin un peu de répit. Ils vont être hébergés. Ils vont peut-être même dîner. 

— Vous pouvez monter, lance la voix de l’homme leur ayant parlé à travers l’interphone.

Tous deux grimpent la passerelle de teck et longent la magnifique piscine qui scintille dans la nuit, se laissant bercer par le doux bruit de la cascade. Ils contemplent la baie vitrée massive, claire comme du cristal, munie de plusieurs poignées de cuivre. Un élégant majordome, en livrée, les attend en haut des marches. La jeune femme tressaille en s’apercevant qu’il les tient en joue avec une carabine. 

— Madame m’a demandé de vous poser une dernière question, dit-il. 

Tous deux se pétrifient. 

— Avez-vous, l’un ou l’autre, quelque chose à voir avec la mort de ce mystérieux inconnu ? 

— Absolument pas ! s’exclame Ariane après une seconde d’hésitation. Ils nous ont tiré dessus et Jean a riposté. Ils nous ont attaqués avec du gaz lacrymogène… (Elle désigne leurs vêtements.) La preuve, cette odeur. On a réussi à s’en sortir de justesse. 

— Je peux témoigner de tout ça, appuie Jean en désignant du doigt sa tempe brûlée. Et je suis assermenté.

Le majordome s’approche et tend le visage pour les examiner tous deux, la mine grave. La jeune femme retient sa respiration. Cela sera-t-il suffisant à le convaincre ?

— En effet, constate-t-il en portant une main à ses narines.

Ariane respire à nouveau. L’homme fait quelques pas autour de la piscine, balayant le quai des yeux, et baisse enfin son arme. 

— Si vous voulez bien vous donner la peine… 

Tous deux pénètrent derrière lui dans la vaste cabine du salon. 

— Je vous débarrasse ? 

— Merci, ça ira. 

Ariane serre son sac à main contre elle et embrasse du regard le vaste hall de marbre blanc argenté, au centre duquel part une allée flanquée de deux somptueux escaliers en colimaçon. Un véritable palace flottant… Tout n’est qu’or et lumières, et nombre de tableaux anciens, accrochés aux murs, ouvrent dans le décor ultramoderne des fenêtres sur le passé. Ils emboîtent le pas du majordome et traversent une somptueuse salle à manger, aux murs recouverts de miroirs dorés à la feuille et de tapisseries anciennes. Ils parviennent à un salon avec parquet, muni d’une vaste et élégante cheminée où brûle un feu crépitant, pourvu de hautes fenêtres munies de voiles blancs, d’une table de chêne de plusieurs mètres de long encombrée de chandeliers, ainsi que d’un clavecin d’époque. Un parfum d’orchidée flotte dans l’atmosphère. 

— Vous êtes sûr qu’on est dans un bateau ? plaisante Jean.

Le visage du majordome reste de marbre.

— Veuillez vous mettre à l’aise. Madame va arriver. 

— Merci, dit Ariane en gagnant la cheminée en se frottant les mains. 

Elle savoure le bruit du parquet sous ses pieds, l’odeur de cire qui s’en dégage, la chaleur du feu qui l’enveloppe. Après avoir admiré la flambée, elle s’approche des majestueuses fenêtres au travers desquelles se dessinent les falaises éclairées de la Colline du Château. 

Féerique.

Elle se tourne vers Jean, un somptueux sourire aux lèvres.

— Tu regrettes pas trop le camping ?

FIN DU CHAP 1

Si vous ne connaissez pas le Livre I et souhaitez tenter tenter l’aventure, cliquez sur la couverture en-dessous :

Que feriez-vous si votre vie entière avait été effacée ?

« Une île grecque, un peu avant minuit
Ariane, sa fille et son mari se retrouvent enfin seuls sur la plage féerique de Myrtos. Lorsque la jeune historienne sort de l’eau, et qu’elle cherche les siens en vain, elle croit d’abord à une mauvaise plaisanterie. Mais quand toutes les preuves attestent qu’elle a voyagé seule et n’a jamais eu ni enfant ni mari, il ne reste que deux explications possibles.
Soit elle a rêvé sa vie, soit on la lui a effacée.

À moins de trois cents kilomètres de là, un homme accède à la plus haute fonction d’une Confrérie occulte. Il va enfin pouvoir se venger… »

Si vous aimez les héroïnes qui s’ignorent, les thrillers internationaux, les mystères archéologiques et le parfum sulfureux des sociétés secrètes, ce livre est pour vous.

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