À l’ombre du monde : Chapitre 4 en avant-première

🎊🎉 AVANT-PREMIÈRE 🎉🎊

Chers amis,

Aujourd’hui, pour vous remercier de me suivre, je vous propose de découvrir le premier chapitre de mon nouvel opus qui sortira vendredi 11 décembre. D’autres surprises suivront !

🎊🎉 CHAPITRE 4 🎉🎊

Divarata, 4 heures du matin

Prostrée sur son lit, la couverture de Fengári à ses pieds, Ariane sanglote dans la fraîcheur de la nuit, le regard rivé sur les étoiles qui apparaissent à la fenêtre entrouverte. 

Elle tente de faire le point. Elle n’a ni passeport ni clé de voiture. Son alliance, qu’elle avait déposée dans la salle de bain avant de partir pour la plage, a disparu, et il ne lui reste qu’une vague trace blanche sur son doigt bronzé. Heureusement, elle n’a pas perdu ses boucles d’oreilles ; le seul cadeau que son père biologique lui a laissé. 

Deux dauphins d’argent qui ne l’ont jamais quittée. 

Dans quel monde ai-je basculé ? se demande-t-elle, secouée d’un frisson de désespoir. Son regard erre parmi ses vêtements fripés, sur sa valise, d’où émerge le carnet de cuir où elle note ses pensées, ses découvertes, ses idées de livres, toute chose sortant de l’ordinaire. Plus aucune trace de sa fille ni de son mari, qui l’ont pourtant accompagnée à l’hôtel. Une réceptionniste qui lui certifie qu’elle n’a jamais été accompagnée.

C’est à devenir folle.

La jeune femme jette un œil au réveil de la table de nuit. Une heure du matin. Elle cherche machinalement son téléphone portable et se souvient qu’il se trouvait dans son sac à main, perdu avec le reste sur la plage. Son regard se pose sur le miroir mural qui renvoie son reflet terne et fatigué. Des yeux éteints. Une épaisse chevelure auburn où pointent deux cheveux blancs qu’elle n’avait encore jamais décelés. La nuisette qu’elle portait pour sa nuit de noces, froissée, imbibée de larmes.

Ne pouvant trouver le sommeil ni se résoudre à attendre, Ariane se rince le visage à la recherche d’apaisement. Le néon grésillant se reflète sur les carreaux blancs et agressifs qui l’entourent. Une odeur d’ammoniaque s’échappe de la bonde du lavabo. Après s’être rapidement habillée, elle récupère les quelques billets changés à l’aéroport, les documents de location de voiture, puis descend à la réception et sonne à nouveau. La femme arrive au bout d’un long moment en bâillant. Elle s’était visiblement assoupie. 

— Pouvez-vous appeler un taxi, s’il vous plaît ?

*

Le taxi d’Ariane pénètre trente minutes plus tard dans Sami, le port par lequel Damien, Edrielle et elle sont arrivés la veille et ont loué leur Sandero. Il s’agit de quelques maisons blanches reparties le long d’un quai, surplombé de collines boisées et odoriférantes. 

La jeune femme règle la course et gagne le poste de police, une salle sombre et poussiéreuse donnant sur des sanitaires. Un agent, assis derrière le comptoir, les bras croisés derrière la nuque et les pieds posés sur un bureau encombré de dossiers, écoute un air de sirtaki qui s’échappe d’un vieux poste de radio. Dans un coin de la pièce, deux hommes habillés en civil, mal rasés, sont occupés à jouer aux cartes. Des mouches bourdonnent contre une fenêtre aux stores baissés d’où leur parviennent les acclamations de la rue et des gens ivres, ainsi qu’une forte odeur de bière. 

L’agent tourne un visage las vers Ariane et hausse un sourcil, comme s’il prenait conscience de la présence d’une belle et jeune inconnue. Il passe une main rapide dans ses cheveux avant de se lever. 

— Giatí érchesai ?

— Échasa tin kóri mou kai ton ántra mou, répond-elle en parlant avec difficulté. 

— Pós synévi ?

Ariane s’empresse de raconter ce qui s’est passé tout en se questionnant au sujet des joueurs de cartes. Qui sont-ils ? Sont-ils habilités à écouter sa déposition ? L’endroit ne lui dit rien qui vaille.

— Vous séjournez dans quel hôtel ? demande le policier.

— L’Hôtel Myrtos, à Divarta. 

— Un établissement sûr. Et vous n’avez pas de papiers sur vous ?

Elle tend les documents de location de voiture. 

— C’est tout ce que j’ai. 

L’un des joueurs, un homme aux cheveux blancs et au teint hâlé, tourne la tête vers eux un rictus sur les lèvres, et se ravise en croisant le regard d’Ariane. Le policier lui jette un regard complice, et saisit le document quand un cri féminin leur parvient de l’extérieur, suivi de rires gras. Le second joueur se lève, écarte les stores et contemple durant quelques instants un groupe qui déambule dans la rue. Ariane peut les voir porter des bouteilles d’alcool à leurs lèvres. Un homme saisit une femme par la hanche et la plaque contre lui. Des instruments de musique se mettent à jouer tandis qu’ils ondulent sous les vivats des passants. 

Le policier tourne la tête vers Ariane, puis baisse les yeux sur le contrat de location. L’espace d’un instant, elle se demande si elle ne va pas claquer la porte du poste de police. Elle a l’impression d’avoir affaire à un ramassis d’incapables. Le contraste entre la joie des noctambules et le désespoir qui la hante creuse en elle un abîme de plus en plus profond. 

— Une Sandero louée au nom d’Ariane Mantis. Je ne vois pas le nom de votre mari.

La jeune femme secoue la tête. 

— Je conduis la plupart du temps. 

Cette réponse semble surprendre les joueurs de cartes.

— Votre voiture est restée garée à la plage, et les clés, qui étaient dans votre sac à main, ont disparu ? 

— C’est ça. 

— Et vous n’avez aucun autre justificatif ?

— Lorsque je suis retournée dans notre chambre d’hôtel, je n’ai rien retrouvé. Je pense que les affaires de ma fille et de mon mari ont été dérobées et que la propriétaire est de mèche.

Les deux joueurs font la moue. L’un d’eux se met à fredonner la Toccata d’un air lugubre. 

— Vous ne me croyez pas ? demande Ariane.

Le joueur aux cheveux blancs répond par un signe impuissant.

— Eh…, fait le policier. C’est à moi que vous vous adressez. 

— Mais qui sont ces types ?

— Des amis.

Des amis…

Ariane se retient pour ne pas exploser. 

— Ma fille et mon mari sont peut-être morts, à l’heure qu’il est ! lance-t-elle d’une voix affolée. 

— Ne dramatisons pas. Je ne pouvais pas remplir l’avis de disparition avant que vous ne veniez au poste, quand même.

Elle serre les dents. Le policier pousse une pile de documents d’un geste nonchalant, laissant apparaître un clavier d’ordinateur jaunâtre. Il allume l’écran et incline la tête vers Ariane, qui sent le poids du regard des joueurs la quitter enfin. Il lui fait signe de s’asseoir.  

— Veuillez renseigner ce document. 

La jeune femme saisit la feuille qu’il lui tend et complète les informations demandées. Date de naissance, adresse, profession. Elle hésite entre journaliste et écrivaine, et finit par écrire journaliste. Noms, prénoms, âge des disparus. Taille, poids, vêtements… Des cris et des rires indistincts, venus de l’extérieur, renforcent encore le sentiment de solitude et de désespoir qui la tenaille. Elle éclate en sanglots en rendant la feuille à l’agent, qui recopie toutes les données dans son ordinateur. Une imprimante se met à ronronner. L’homme se lève et récupère l’avis de disparition. 

— Votre mari avait-il une raison de vous quitter ? 

La jeune femme secoue la tête. 

— Je ne crois pas, non. Et s’il avait voulu me quitter, il aurait pris la voiture, qui était garée à côté. 

— En effet. 

Le policier la contemple d’un air grave, retourne s’asseoir et saisit un combiné de téléphone tout en scrutant l’avis disposé devant lui. Il patiente quelques instants, prononce quelques mots, patiente encore, tout en scrutant Ariane, et s’anime en expliquant enfin la situation à son interlocuteur. Plusieurs appels se succèdent ainsi.

— J’ai averti les services de police de l’île, en commençant par le central de Kefalonia et en terminant par l’Idiotikós Ntetéktiv, un service de détectives privés. J’ai aussi contacté les services d’urgences médicales. Personne n’a d’information pour l’instant, mais les patrouilles sont prévenues et les recherches vont commencer immédiatement. Nous allons aussi tenter de localiser le téléphone portable de votre mari. 

— Pourriez-vous contacter l’aéroport et l’agence de location ?

— C’est prévu.

La jeune femme sent des larmes de gratitude monter à ses yeux. Elle ne pensait vraiment pas que quelque chose de productif puisse sortir de ce bureau poussiéreux. Elle remarque alors que les joueurs se sont interrompus, comme s’ils avaient enfin compris la gravité de la situation. 

— Merci, fait-elle d’une voix chaude. Quelles sont les chances de les retrouver ?

— Difficile à dire. Les vingt-quatre premières heures sont cruciales. Ce qui compte, c’est que vous soyez venue rapidement. Souvent, les gens attendent trop longtemps pour déclarer une disparition. Ils pensent que leurs proches vont revenir, à tort ou à raison. 

Ariane hoche la tête, ragaillardie par une telle nouvelle. 

— Qu’allez-vous faire, concrètement ? 

— Les patrouilles vont sillonner l’île. L’une d’elles se rendra à Myrtos d’ici une vingtaine de minutes. S’ils ne découvrent rien, ils poursuivront l’inspection aux alentours en partant de l’épicentre. Deux autres patrouilles suivront. Un agent, au central, épluchera les enregistrements des caméras de surveillance disposées sur l’île, tandis qu’un autre examinera la piste de la pédophilie. 

— La pédophilie ? répète Ariane d’une voix étranglée.

L’homme hoche la tête.

— Il y a très peu de chances que ce soit le cas. Mais certaines personnes sont sous surveillance, et il vaut mieux tout vérifier. Les recherches continueront jusqu’à ce qu’on mette la main sur votre famille. 

La jeune femme réprime une nausée. 

— Puis-je prendre part aux recherches ?

Le policier jette un œil aux joueurs de carte, qui se sont approchés. L’homme aux cheveux blancs secoue la tête. 

— Il vaut mieux laisser faire la police, madame, traduit l’agent en lançant une nouvelle impression.

Plutôt un chef qu’un « ami », songe Ariane à propos du joueur aux cheveux blancs.

Le policier récupère un récépissé de déclaration dans l’imprimante, le signe et le luit tend.

— Vous avez fait ce qu’il fallait faire. Maintenant, il faut vous reposer et attendre. Attendre et espérer. L’espoir…

La jeune femme hausse les sourcils d’un air désabusé. L’espoir ne les ramènera pas. 

— Quand va-t-on me tenir informée ?

— Vous aurez des nouvelles de nous cette nuit ou dans la journée. Lundi au plus tard. 

— Lundi ? s’emporte Ariane. Et si vous ne les retrouvez pas ? Et si je reste coincée ici ?!

— Calmez-vous. Vous pourrez toujours rentrer en France avec ce document, par le bateau ou l’avion. Engager des recherches là-bas, en plus de celles menées ici…

— Engager d’autres recherches ?!

L’homme reste silencieux. Les deux « joueurs » scrutent Ariane sans mot dire. Seule la radio continue de diffuser sa musique totalement hors de propos. La jeune femme prend conscience qu’il faut qu’elle reprenne courage et garde ses moyens. 

— Désolée…, dit-elle en sanglotant. Je me sens si vulnérable…

Le joueur aux cheveux blancs lui offre un sourire avenant.

— Nous comprenons votre douleur. Ne vous en faites pas. Pardonnez notre méfiance, mais les déclarations de ce genre sont légion lors de disputes conjugales. Nous avons bien compris que ce n’est pas le cas pour vous. Nous allons vous faire raccompagner et suivre cette affaire de près. 

*

Hôtel Myrtos, 11 heures 30

— Des policiers sont ici pour vous. 

— Merci.

Ariane raccroche le téléphone et pose les deux pieds sur les dalles froides de sa chambre. Le frisson qui la parcourt se double d’un sombre pressentiment. 

Intuition féminine ? 

La jeune femme descend à la réception dans un état d’agitation croissante. Elle n’a pas dormi de la nuit. Elle a eu beau interroger la gérante avec hargne, elle n’a rien obtenu. Lorsqu’elle a contacté la police pour tenter d’obtenir des nouvelles aux premières heures du jour, on lui a répondu que les recherches se poursuivaient, mais elle n’en a rien cru. Personne ne semble se préoccuper de ce qui lui est arrivé. Elle se sent perdue, abandonnée de tous. 

Elle est retournée sur la plage de Myrtos aux environs de 6 heures du matin sans rien trouver. Elle s’est aventurée dans la grotte où pénètre la mer. Elle était seule. Parvenue au fond de la caverne, elle a trouvé un globe oculaire bleu qu’elle a reconnu comme étant un Mati – ou œil –, un talisman remontant à la Grèce antique et destiné à éloigner la mauvaise chance. 

Désespérément seule et impuissante, Ariane a alors erré sans but jusqu’à ce qu’une dépanneuse vienne récupérer la voiture de location, espérant que ses pas la guideraient au hasard vers quelque réponse lui demeurant inaccessible. Que peut-elle faire, sans contact, dans un pays étranger, même si elle parle à peu près grec ? Comment faire en sorte que la police la croie, si elle n’a aucune preuve de ce qu’elle avance ?

La réceptionniste a laissé place à une jeune femme qui lui désigne la rue.

— Astynomía. 

Ariane descend le perron et s’approche d’une voiture de police garée en contrebas. Un agent attend à l’intérieur, lunettes de soleil sur le nez, un téléphone à l’oreille, tandis qu’un autre s’approche d’elle. 

— Police de Sami, fait-il sur un ton sec. Vous êtes bien Ariane Mantis ?

— Oui. Vous avez trouvé quelque chose ?

— Nous avons consulté les services de douane, la compagnie aérienne et l’agence de location. Nous avons consulté votre dossier par le biais de la police française, et vérifié la ligne téléphonique que vous nous avez indiquée comme étant celle de votre mari. Savez-vous que ce que vous avez fait est passible de poursuites ?

— Pardon ?

— Vous n’avez jamais été mariée et n’avez aucun enfant !

La stupeur de la jeune femme est telle que les mots lui manquent pour contester.

— Les sources officielles sont formelles. Vous êtes célibataire, et les deux personnes que vous prétendez avoir perdues n’ont jamais existé. La gérante de votre hôtel a confirmé par téléphone ne jamais vous avoir vue accompagnée. Vous vous êtes peut-être fait voler votre sac à main, vos clés et votre portable, mais le reste ne peut être vrai.

— Mais c’est une erreur…, proteste Ariane, qui a de plus en plus de mal à respirer. Un cauchemar !

— Je suis désolé, mais nous ne pouvons rien faire de plus pour vous aider, mademoiselle Mantis. Mieux vaut rentrer chez vous et contacter les autorités françaises pour plus de renseignements.

Ariane reste muette de stupeur. Mademoiselle ? Sur le point de rétorquer, elle s’interrompt en voyant l’agent assis à l’intérieur du véhicule passer la tête par la fenêtre.

— On nous attend à Poros pour des affaires importantes ! gronde-t-il. Si vous nous recontactez, je vous ferai arrêter. Est-ce bien compris ?

La jeune femme ne voit comment leur faire comprendre qu’ils se trompent. La voiture de police démarre dans un vrombissement, et disparaît au bout de la rue avant qu’elle ne soit revenue de sa consternation. 

Elle s’effondre sur les marches d’escalier.

ÇA VOUS A PLU ?
RENDEZ-VOUS VENDREDI 11 POUR LA SORTIE !

À L’OMBRE DU MONDE :

« Une île grecque, un peu avant minuit

Ariane, sa fille et son mari se retrouvent enfin seuls sur la plage féerique de Myrtos. Lorsque la jeune historienne sort de l’eau, et qu’elle cherche les siens en vain, elle croit d’abord à une mauvaise plaisanterie. Mais quand toutes les preuves attestent qu’elle a voyagé seule et n’a jamais eu ni enfant ni mari, il ne reste que deux explications possibles.Soit elle a rêvé sa vie, soit on la lui a effacée.


À moins de trois cents kilomètres de là, un homme accède à la plus haute fonction d’une Confrérie occulte. Il va enfin pouvoir se venger… »
​​​​​​​

NDLR : histoire en deux tomes :
— le T1 sortira le vendredi 11 décembre,
​​​​​​​— le T2 en janvier/février, le temps de le lustrer encore un peu…

On se retrouve bientôt pour partir loin 😉 

En attendant, prenez soin de vous.

#thriller #policier #suspense #mystere #societesecrete

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