The Prison Experiment : chronique de Les Mots étaient Livres

 » Imaginez le Déluge. Imaginez un vent de tempête. Imaginez le froid polaire. Mêlez les trois, et vous aurez un aperçu des conditions météorologiques que j’ai dû braver pour aller récupérer ce livre dans la boite aux lettres, alors que j’étais déjà fiévreuse … J’ai lutté contre le vent pour ouvrir la porte du garage et pour traverser péniblement la cour, aveuglée par les gouttes sur mes verres de lunettes, trempée jusqu’aux os, décoiffée, frigorifiée, terrifiée à l’idée que le courrier ait pris l’eau … Après une telle épreuve, j’avais bien mérité de me plonger aussitôt dans ce livre si difficilement acquis (et miraculeusement indemne), n’est-ce pas ? Autant vous dire que ce qui était pour moi une éprouvante expédition de sauvetage de livre a rapidement été reléguée au rang de promenade de santé … Car je vous préviens : si vous entrez dans L’Œuvre, c’est à vos risques et périls …

C’est accompagnée de douze mercenaires qu’Elena, hackeuse de génie, pénètre incognito dans cette gigantesque prison expérimentale coupée du monde. Ils n’ont que quelques jours pour retrouver l’architecte de cet immense dôme contrôlé par une intelligence artificielle et le convaincre de les suivre … Plus facile à dire qu’à faire : la carte qui leur a été fournie est incomplète et incompréhensible, des créatures sanguinaires les ont attaqué à peine ont-ils posé le pied dans l’enceinte du bâtiment et d’étranges phénomènes meurtriers surviennent à chaque fois qu’elle tente de se connecter au système informatique … Leur progression est ponctuée de luttes de pouvoir, de pertes déchirantes, de révélations surprenantes et de questionnements. Sortiront-ils vivants de cet édifice ? trouveront-ils l’homme qu’ils sont venus chercher ? réussiront-ils à percer les sombres mystères de L’Œuvre ?

Dès les premières phrases, l’immersion est totale : nous voici plongé au cœur de l’inconnu aux côtés d’Elena et de ses compagnons, qui s’apprêtent à s’infiltrer dans L’Œuvre, immense dôme perdu au cœur du désert dont nous ne savons absolument rien. Nous découvrons les multiples dangers et les nombreux secrets qui se cachent derrière cette enceinte futuriste en même temps que les personnages. Découvertes qui se font généralement dans les cris et la douleur, dans le sang et la frayeur. Les menaces sont à la fois « naturelles » – désert artificiel, rivière en crue, araignées tueuses ou serpents venimeux – et humaines. Car L’Œuvre est avant tout une prison, dans laquelle sont enfermés malfrats de toute sorte … Cela fait désormais sept ans que ces détenus sont livrés à eux-mêmes, sept ans qu’ils survivent dans cet environnement hostile aux règles variables. D’abord sujets d’une expérience à grande échelle menée secrètement par la CIA, ils sont désormais les marionnettes de celui qui semble être aux commandes de ce bâtiment intelligent. En acceptent cette mission de sauvetage, Elena et ses camarades étaient bien loin de se douter qu’ils allaient, eux aussi, être à la merci de ce mystérieux personnage omniscient …

Ce livre, c’est donc avant tout un huis clos terrifiant et un thriller haletant, riche en rebondissements et en mystères. Aucun temps mort, aucun répit, il se passe toujours quelque chose d’effrayant ou de déstabilisant … au point que, à l’instar des personnages, nous sommes constamment sur le qui-vive, à tenter de détecter le danger avant que celui-ci ne nous tombe dessus. C’est vraiment un livre incroyablement immersif : on se laisse totalement happer par les descriptions, par la narration, au point que l’on en oublie complétement le monde extérieur au fur et à mesure qu’on s’enfonce dans L’Œuvre. On a le cœur qui bat, les mains moites, le souffle court. On a peur, tout simplement, de ce qui pourrait arriver à nos compagnons de papier … J’ai beau ne pas avoir grand-chose en commun avec eux – Dieu merci –, je me suis rapidement attachée à Elena, Jackson, Agellos, Josh et Robert, les quatre protagonistes principaux de ce roman-choral aux multiples intrigues entremêlées. On a peur de ce qui pourrait nous arriver à nous aussi, peut-être. On en vient à se demander comment les détenus ont réussi l’exploit de survivre sept ans à cet enfer … Si tant est, bien sûr, que devenir fou et assoiffé de sang puisse être considéré comme de la survie.

Car ce livre pose une grande question, reprise sur la quatrième de couverture : « Jusqu’où l’homme peut-il aller pour survivre ? ». Face à un environnement hostile, face à la menace perpétuelle de la mort, que fait l’homme ? La logique voudrait qu’il s’associe avec ses semblables, car l’union fait la force … Mais l’instinct de survie semble privilégier l’individualisme le plus radical, pour lequel il n’y a que deux options : tuer ou être tué, vivre ou mourir. L’autre devient un ennemi, un obstacle à la survie car il convoite la même chose que soi : de la nourriture, de l’eau, un abri. D’une façon ou d’une autre, l’autre est nécessairement une menace, et la bestialité la plus profonde de l’homme lui ordonne d’éliminer cette menace … Mon cours de philosophie sur la conscience morale disait que l’interdit de tuer rassure l’individu car il n’a ainsi pas à craindre en permanence pour son existence. Il ne ressent par conséquent pas le besoin viscéral d’attenter à la vie d’autrui pour se protéger … Or, cet interdit n’est plus d’actualité au sein de L’Œuvre, où les détenus sont parfaitement livrés à eux-mêmes sans la moindre surveillance ou juridiction. Aussi, sachant que l’autre n’aura potentiellement aucun scrupule à le tuer, l’individu poussé par son seul instinct de survie primaire prend les devants pour garantir sa sécurité … C’est un livre qui fait froid dans le dos car il nous présente une vision bien sombre de l’âme humaine … sombre mais malheureusement atrocement réaliste.

En bref, vous l’aurez bien compris, j’ai beaucoup aimé ce roman ! Cet énorme pavé de plus de six-cent pages se dévore en un rien de temps, tellement il est captivant ! C’est un véritable page-turner au rythme effréné qui n’épargne absolument rien aux personnages comme au lecteur : préparez-vous à vivre une expérience exceptionnelle ! On ne sort pas tout à fait indemne de cette lecture : une fois la dernière page tournée, toute la tension accumulée au fil des chapitres retombe soudainement, brusquement, violemment. C’est comme sortir d’un rêve particulièrement réaliste et haletant. Il m’a ainsi fallu quelques minutes pour reprendre pieds, pour me reconnecter à la réalité et réaliser la puissance narrative de ce que je venais de lire. Une fois mes esprits retrouvé, j’ai commencé à m’énerver toute seule devant le mot « FIN » qui me narguait joyeusement : comment peut-on être aussi cruel et laisser ses lecteurs face à un tel cliffhanger ? quelle idée de jouer à ce point avec les nerfs du lecteur en le laissant face à un final aussi frustrant ? C’est un coup à mourir d’impatience avant la sortie du tome deux, cette histoire … à moins que cela ne soit une bonne excuse pour le relire régulièrement, pour patienter ?  »

Un grand merci à Les Mots étaient Livres pour cette superbe chronique. Si tout va bien, le T2, qui devrait clôturer cette histoire, sortira en avril-mai 2019.

 

Résumé :
« Zone 51, désert du Nevada.
Un dôme immense, à la peau cuivrée, se dresse tel un monstre sous les étoiles.
Son nom : « L’Œuvre », prison expérimentale secrète dotée d’une intelligence artificielle.
Nul ne sait ce que recèle l’édifice depuis que la CIA en a perdu le contrôle. Que sont devenus les 5300 détenus, livrés à eux-mêmes après sept ans d’abandon ?
Un commando de douze hommes et une femme pénètre en secret dans ce labyrinthe mortel.
Leur mission : retrouver Dédale, son architecte, à n’importe quel prix.
Elena, hackeuse surdouée, compte bien percer les mystères de l’Œuvre. Elle ignore que cette mission l’emportera au-delà des illusions, face à ses peurs les plus folles, dans les tréfonds de l’âme humaine.
Son génie peut les sauver… ou les tuer.
Jusqu’où l’homme peut-il aller pour survivre ? »

PLONGER AU CŒUR DE L’ŒUVRE

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