The Prison Experiment : chronique du grand Laurent Fabre

 » Toutes les lectures, tout genre confondu, sont des expériences prolongées d’apprendre à connaître le monde, son histoire, ses avancées comme ses désillusions, dans le prisme des affres du temps, des guerres de tous les clans, des infinies existences qui ont foulé la terre, ici bas, dans le ciel immense qui nous couvre de leur lumière, des éclats minuscules de particules physiques et chimiques qui viennent s’échouer sur les rivages, tout ce qui est visible à l’oeil nu ne serait-il pas une forme d’hallucination telle qu’on imagine mal voir la vie autrement ?

Plonger dans l’univers d’Eric Costa, c’est être prêt à lâcher toutes les amarres, ce qui était déjà le cas avec la superbe trilogie consacrée à la période Aztèques et son héroïne inoubliable, Ameyal, de la prison dorée d’un harem à « L’Oeuvre », nom donné à cette « prison expérimentale », titre éponyme de ce nouveau roman, il n’y a qu’un pas et quel trip visuel, quel plaisir jouissif à oser défier la terre du Nevada, dans cette zone 51 toujours aussi mystérieuse depuis un certain jour de 1947, ce qui aurait pu tourner comme une toupie routinière et meurtrière prévisible dans cette fournaise avec un scénario classique va très vite révéler une autre facette de l’humanité, ne vous trompez pas de chemin, toujours se méfier de ses amis, les apparences cachées revêtent des visages stupéfiants, bienvenue dans ce premier opus d’une duologie prometteuse et envoûtante, la plume est toujours aussi addictive quand il s’agit de se laisser porter par le rythme endiablé d’une aventure hors du commun, une de ces évasions littéraires dont il est bon de participer à l’aventure pour échapper un peu de son quotidien balisé, plus qu’un récit divertissant empruntant à l’imagination féconde et à la culture populaire (je pense à Cube pour l’ambiance claustrophobique notamment, The Hunger Games pour la chasse à l’homme et l’oeil inquisiteur, les films dans les milieux carcéraux comme Les évadés ou la série The Prison Break), l’inspiration vient aussi dans la créativité et la mise en perspective de ses thématiques qui font la signature d’un auteur, entre la liberté et le prix du sacrifice, difficile de prédire à quelle vitesse le vent viendra vous fouetter, dans cette aride et désolé, il est des secrets qu’il aura mieux valu laisser à l’abri de tous les regards …

Tout le monde connaît les mirages du désert, cette illusion optique trompeuse, goûter aux éléments composant la vie comme le feu, l’eau ou la terre, c’est une histoire qui prend le temps de se dévoiler, dans l’alternance des voix aux chapitres, c’est l’occasion d’abord de prendre connaissance de ces personnages qui ont toutes une bonne raison de fuir quelque chose, en acceptant une mission à haut risque, ils sont encore loin de soupçonner ce qui se trame derrière le dôme, cet immense enclos qui n’en finit plus de fasciner tant par sa dimension surréaliste que par son créateur, cet être insaisissable et brillant, derrière le voile des spectres mythologiques grecs, la combinaison idéale pour inclure des réflexions profondes du monde actuel, réduire encore et toujours les coûts productifs et proportionnels à l’augmentation de la population mondiale, favoriser l’exploitation des ressources naturelles en imaginant des solutions de diversité et d’auto-régulation, c’est l’histoire d’une dystopie qui pourrait devenir une réalité dans un avenir proche, comment faire face à l’explosion d’une société au bord de l’implosion et sur le point d’épuiser toutes ses réserves, l’idée de The Prison Experiment est brillante si seulement certains n’avaient pas d’autres prétentions …

La nature humaine évolue avec son temps, l’ambition démesurée à vouloir tout contrôler, l’argent est le nerf de la guerre, le talent de l’auteur fait encore une fois mouche, pénétrer au coeur même des travers de l’humanité, une ambiance unique pour ressentir toute la puissance des mots, lire c’est aussi faire travailler ses synapses à faire la jonction entre tous les personnages, une nouvelle héroïne servira de fil d’Ariane, Elena, vous découvrirez à quel point ce fil n’aura jamais été aussi bien retranscrit et déroulé pour parfaire cette impression de se retrouver in extenso dans cet univers riche en surprises, de bout en bout, haletant, effrayant par ces séquences qui se resserre à chaque fois un peu plus pour venir bloquer la respiration, pas de demi-mesure, la maîtrise évidente de l’espace devolué, comme un immense terrain fertile et propice à tous les possibles, le sentiment d’éprouver cette fatigue intense et palpable face à l’inconnu et à la menace permanente, ce combat presque inégal devant un ennemi latent et inattendu, les pièges sont partout, le commando suréquipé et envoyé sur place pour une mission périlleuse saura-t-il déjoué et anticipé tous les scénarios qui se dresseront devant lui ? Face à son créateur, la somme de tous les talents pour une cause commune, Elena et les siens seront-ils à la hauteur de la confiance accordée ?

Intrigant, hypnotisant pour se laisser embarquer dans ce décor rivalisant d’audace et du génie incarné dans toute sa splendeur, les dimensions et autre temporalité développées captivent, la psychologie n’est pas en reste pour laisser les protagonistes se dévoiler progressivement, dans la jalousie ou dans la croix que chacun porte en lui, le poids du passé ou de la culpabilité, le sentiment de ressentir cette ombre menaçante, dans le dégradé des couleurs de l’arc-en-ciel, il en est de celles qui vous feront douter de la capacité de l’homme à aimer son prochain, imaginez un Far West grandeur nature, des clans, des décors presque naturels ou indolores jusqu’à ce que …

Prendre le temps de déguster chaque page, s’approprier une part grandissante de ressentir, de vibrer jusqu’aux tripes et à l’unisson de certains personnages, de démêler les noeuds qui ne finissent pas de glisser et de reprendre leur position initiale, de goûter à ce poison distillé dans le creux des veines, partager les peines et la souffrance des âmes blessées, sortir de sa zone de confort pour venir se frotter à la lie de l’humanité, à la pire engeance des esprits les plus retors, la folie guette, la raison vacille, un cauchemar qui ne fait que commencer, survivre en territoire hostile demande une dose et une faculté au-delà du commun des mortels, les dieux protecteurs répondront-ils présents ?

Comme pour Ameyal, le choix d’Elena s’impose dans cette approche à constituer une boussole incontournable, le danger est partout, le malaise est perceptible, l’atmosphère étouffante, entre sphère et espace confiné, impressionnant dispositif pour s’immerger et traduire toute la tension qui suinte à travers les murs, comme pour les dialogues et ses non-dits, ce sont surtout les bruits et autres manifestations hors champs qui provoque cette nervosité exponentielle, l’intelligence à l’oeuvre ici est d’un machiavélisme étourdissant, pour la vérité et les mensonges, chacun pourra se faire sa propre idée sur la question, dans quelle limite l’homme peut-il commencer à trahir ses idéaux ? Quelle ironie du sort peut-il encore nous réserver pour traquer ses ennemis et davantage manipuler son entourage ?

Un roman qui gagne ses galons de thriller d’action pure au fil des chapitres, il n’oublie pas de mixer pour autant avec des ressorts dramatiques et des thématiques pertinentes comme la peur de l’autre, la rivalité naissante en vase clos, l’amour peut-il renaître en zone de guerre ? La bestialité humaine pourrait-il revenir au galop dans une société uniformisée et ultra-sophistiquée ? La technologie est-elle l’ultime solution pour réguler les flux d’informations et autres débordements menaçant l’équilibre du monde ?

Prendre du plaisir à la lecture tout en induisant des terreurs animées de tous les champs du possible, The Prison Experiment met la conscience humaine à l’épreuve de tous les éléments naturels, dans la création artificielle, la machine peut-elle vaincre l’homme ?
C’est l’artefact ouvrant droit à des dimensions nouvelles et angoissantes, méfiez-vous des leurres et des réseaux ténébreux, braver la menace qui peut surgir à tout instant, vibrez et faites palpiter vos stimulus, êtes-vous prêt à suivre les règles de celui que l’on nomme Dédale ?

Pour terminer, je salue une nouvelle fois, la belle couverture de Matthieu Biasotto, le travail correctif de Rebecca Greenberg et ce projet collaboratif avec Jean Deruelle et Raquel Urena pour prouver qu’un roman est et restera toujours le fruit d’un collectif, comme l’équipe du commando qui s’apprête à investir L’Oeuvre, il n’en faut pas moins pour réussir à insuffler cette magie ressentie tout le long de la lecture, une aventure épique pour une trame prometteuse.
To be continued …

Enfin, je remercie l’auteur, Eric Costa, pour sa confiance et sa patience de m’avoir proposé de découvrir son nouvel univers, The Prison Experiment, je remercie également Blandine Carron pour sa générosité et son attention de tous les instants.
❤️  »

Un grand merci à Laurent Fabre, des Chroniques de Laurent, pour cette superbe chronique. Si tout va bien, le T2, qui devrait clôturer cette histoire, sortira en avril-mai 2019.

 

Résumé :
« Zone 51, désert du Nevada.
Un dôme immense, à la peau cuivrée, se dresse tel un monstre sous les étoiles.
Son nom : « L’Œuvre », prison expérimentale secrète dotée d’une intelligence artificielle.
Nul ne sait ce que recèle l’édifice depuis que la CIA en a perdu le contrôle. Que sont devenus les 5300 détenus, livrés à eux-mêmes après sept ans d’abandon ?
Un commando de douze hommes et une femme pénètre en secret dans ce labyrinthe mortel.
Leur mission : retrouver Dédale, son architecte, à n’importe quel prix.
Elena, hackeuse surdouée, compte bien percer les mystères de l’Œuvre. Elle ignore que cette mission l’emportera au-delà des illusions, face à ses peurs les plus folles, dans les tréfonds de l’âme humaine.
Son génie peut les sauver… ou les tuer.
Jusqu’où l’homme peut-il aller pour survivre ? »

PLONGER AU CŒUR DE L’ŒUVRE

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