THE PRISON EXPERIMENT

Journal de Josh T. Arthar : extrait n°1
« 1er août. Je m’appelle Josh Timothy Arthar. Ma condamnation est tombée il y a peu. On vient de me donner ce carnet, ainsi qu’un stylo et le règlement intérieur destiné aux détenus.
Cela fait trois jours que je suis enfermé dans le quartier des arrivants du centre pénitentiaire de Whitechapel. Trois jours, ou plutôt trois nuits ! Les journées sont longues et solitaires, la chaleur accablante, des miasmes s’exhalent des cellules voisines, ce qui n’a rien de surprenant. Mais les hurlements des autres détenus, la nuit, les bruits de choc contre les barreaux, toute cette énergie et cette folie enfermée, me font sortir de l’illusion que seul me procure encore le sommeil, et les réveils sont cauchemardesques. Heureusement, je suis seul, et je peux fermer l’oeil sans me demander dans quel état je me réveillerai le lendemain.
Ma cellule est évidemment spartiate. Un sol bétonné, jonché de détritus des occupants m’ayant précédé. Pas de douche, si bien que je dois me nettoyer à l’évier qui jouxte les WC. Les WC, parlons-en. Un trou d’acier auréolé de mouches. À ma grande surprise, ils fonctionnent. Mais ils témoignent par couches du fait que mes prédécesseurs n’étaient pas tous des gens délicats, et l’odeur qui s’en dégage ferait fuir un enfant des bidonvilles… bref, je les ai recouverts d’un morceau de carton sur lequel j’ai posé ma gamelle, j’évite de m’en approcher et, surtout, d’y plonger les yeux. Dans ma chambre, il n’y a pas d’ampoule. J’ai eu beau demander une lampe aux gardiens, ils ne m’en ont jamais apporté, du fait que je n’ai pas d’argent. Je vis ainsi au rythme du soleil, dont la lueur darde à travers une étroite fenêtre à barreaux dévoilant le morne bâtiment d’en face.
Pour l’instant, je n’ai pas à me plaindre. On m’a donné à manger, contrairement aux cellules du poste de police. Un précédant détenu m’a même laissé une pomme dans un coin. Je la contemple, savourant son éclat et son odeur, en me demandant quand est-ce que j’y croquerai.
Un miroir métallique est scellé au mur, juste au-dessus de l’évier. Lorsque je m’en suis approché, j’ai été surpris par mon propre reflet. Ça fait froid dans le dos. Depuis, j’évite de m’y regarder.
J’ai été emmené ici par fourgon blindé, menotté à un type aux avants bras tatoués, au crâne rasé, un bouc, le regard fuyant. Assis côte à côte dans le véhicule, nous étions entourés de grillage, comme des poulets infectés, avec un flic pour nous surveiller. Quand j’ai tendu la main à mon acolyte, il a paru surpris. « Bonjour, je m’appelle Josh », lui ai-je dit. « Ned », a-t-il répondu en me tendant une main molle, sans même me regarder. Nous n’avons plus ouvert la bouche du voyage. Tandis que le flic nous fixait d’un air morne, le fourgon nous secouait de droite à gauche sans rien nous laisser voir du trajet. Seuls les soubresauts, les virages, les accélérations ou coups de frein soudains du véhicule, dont la sirène hantait parfois nos oreilles, auraient pu donner à un connaisseur des renseignements sur la destination.
Puis le véhicule s’est arrêté, et la porte s’est ouverte.
Voilà.
Nous étions arrivés.
Une demie-heure à peine pour basculer d’un monde l’autre, pour des années entières.
J’avais parfois vu passer de tels fourgons lors de ma vie d’avant, mais jamais je n’avais pensé en être un jour le passager !
Très vite, j’ai été séparé de Ned. Il devait être à Whitechapel bien avant moi, et revenait sans doute d’une convocation au tribunal. On m’a rendu mes affaires. Un sac plastique. Un paquet de clopes à moitié vide, un jeans et un slip. Mes seuls bagages. Dans la foulée, un gardien m’a entraîné sans m’adresser la parole à travers un dédale de salles en béton, d’escaliers immenses et vides, de coursives, de corridors inhumains au silence assourdissant. Partout sur notre chemin, des grilles électriques d’un froid glacial s’ouvraient et se refermaient en claquant, résonnant dans le silence, me coupant graduellement du monde réel et de la vie.
Puis, au passage d’un dernier sas, nous sommes arrivés à « l’accueil ».
Je recommande particulièrement l’accueil. J’ai eu droit à une séance de déshabillage et de palpation corporelle. J’ai dû me tenir debout, nu contre un mur, le temps que l’on « m’inspecte ». Je grelottais déjà depuis cinq bonnes minutes lorsque j’ai senti qu’on soulevait mes testicules avec un manche en plastique. Des gardiens ont également examiné mes aisselles et l’intérieur de ma bouche, langue relevée. Tout a été passé au peigne fin. Puis on m’a demandé de m’accroupir et de tousser : accroupi, la toux entraîne un effet de rejet au niveau du rectum.
« Pour votre propre sécurité », ont-ils précisé…
J’ai eu le droit de retrouver un semblant de dignité en enfilant la tenue locale : gilet au contact rêche et pantalon orangés. S’est ensuivie la visite médicale, et le passage devant le psy. Rien à signaler de ce côté-là.
Un surveillant est venu me chercher dans la soirée, après trois heures d’attente sur un tabouret de l’infirmerie. Heureusement, j’ai eu le droit de fumer. Un autre détenu se trouvait avec moi, au début. Je n’avais pas de feu. J’ai dû troquer une cigarette contre son briquet. Même s’il a été court, notre échange m’a fait du bien : depuis mon départ du tribunal, personne ne m’avait regardé en me parlant.
La première parole où l’on s’est adressé à moi comme à un humain fut donc « t’as pas une cigarette ? »…
On m’a rendu mon baluchon, et je suis reparti, derrière mon maître du moment, à travers ce dédale d’escaliers et de coursives d’où s’élevaient toujours les cris de détenus, les cognements sourds, les chocs métalliques mêlés à la voix du haut-parleur grésillant.
Une odeur de sueur.
Une odeur de peur.
Chaque pas m’éloignait encore un peu plus du monde réel.
Me voilà maintenant enfermé, allongé sur un lit de mousse plus dur que la pierre.
Au-delà de la fenêtre grillagée de ma cellule, Whitechapel s’offre à mes cinq sens. Elle a le goût amer de la détention. Elle est froide et rugueuse, grouillante, bruyante et malodorante.
Au-delà d’une cour d’asphalte zébrée de fissures, c’est tout un bloc de béton qui se dessine devant moi dans la poussière de l’air sec, tel un blockhaus blanchi à la chaux. En contrebas, enchevêtrés dans les barbelés d’une double clôture haute de plusieurs mètres, se balancent de vieux pots de yaourt, des bouteilles de lait éventrées, entourés de plastiques qui s’agitent au vent. Des poubelles, et même des draps, flottent comme de vieux fantômes de ma vie passée. Tout ce que les détenus ont perdu ou n’ont pas voulu garder.
Je respire à travers ma cigarette éteinte. Pour l’instant je n’ai eu droit à aucune des sorties quotidiennes dues.
Pour de bon, me voilà en Enfer. »
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