La Voie du Papillon : chronique de Dominique Lebel

Un immense merci à Dominique Lebel du site Dominiquelebel.fr pour sa chronique de La Voie du Papillon, que je partage avec vous ici !

« Dressée devant le soleil matinal, la jeune esclave personnelle s’approche pour inspecter son visage. Les volutes de son parfum fleuri tournent autour d’Ameyal, la caressent, l’emprisonnent presque, comme un serpent aux multiples visages.

Si vous avez lu le premier tome, vous connaissez la marque de fabrique d’Eric Costa : cet auteur a des doigts d’orfèvre. Vous retrouverez donc dans ce second volume la précision des descriptions, couleurs et parfums mêlés et le cours tranquille du récit, qui ne déborde jamais, ne sort jamais des rails quoiqu’il arrive. C’est particulier, cette application et cette obstination à ne rien laisser au hasard et c’est bien ce qu’on demande à un auteur, de nous proposer son propre système. C’est singulier aussi dans le monde des auteurs, cette humilité qui conduit l’écriture –et m’a fait lire le second tome, moi qui n’ai pas une prédilection pour ce genre d’histoires, sans doute parce que j’en suis restée à Angélique Marquise des anges.

Penché sur son écran, Eric Costa doit faire penser à un petit garçon qui collectionne les timbres. C’est le même regard concentré sur chaque détail, la même attention.

Donc revoilà  la belle Ameyal aux paupières brûlées par le supplice du piment, occupée à tailler son tipili au couteau et quand vous aurez lu le passage en question, je vous garantis que vous vous jetterez sur la première cire froide qui traîne dans les rayons, en vous disant qu’il y a pire. C’est qu’Ameyal veut échapper à sa condition d’esclave et entrer à l’école du harem, dans ce monde si cloisonné où règne la Fleur Quetzal, déesse de l’amour selon les hommes tout puissants, que le Maître Ahuizotl aime bien effeuiller (Balance ton porc, petite esclave !). Mais la fleur d’Ameyal en a vu un autre déjà et la partie sera difficile. Il faut pourtant qu’elle réussisse, afin de devenir une concubine et de venger les siens.

Voilà pour la situation de départ, et le tour de force d’Eric Costa est de nous projeter malgré tout dans quelque chose de joli, dans un raffinement qui ne va pas du tout avec le sujet et nous paraît évident à la lecture. C’est que les acajous sont bruns, les cacaoyers vert vif et les baies bien rouges. C’est que les sourires sont gourmands, que les corsages sont boutonnés de fleurs et que sous les voiles se dessinent des chutes de rein à tomber, tandis que les parfums dessinent des volutes et que les tipilis invitent au plaisir.

Bienvenue dans la jungle aztèque, dans ses odeurs de terre et d’encens. Vous allez y rester un bon moment, apprendre pas mal de choses sur cette civilisation et suivre l’éducation donnée aux filles (ce qui vous vaudra au passage un cours de peinture et une leçon de maquillage). Car une vierge cultivée, c’est toujours mieux qu’une vierge ignorante. Et prenez garde, le patlachuia (1)est interdit –sauf si le Maître le demande, parce que quand même, de temps en temps… rien de nouveau en ce bas monde !

1 Vous voulez savoir ce qu’est le patlachuia ? Posez la question à l’auteur. Je pense qu’il vous conseillera d’acheter son livre et de le lire, pour avoir la réponse. Business is business ! Et comme je lui souhaite de belles ventes, je ne vous en dirai rien. »

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