Extrait de Solitaire

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Avis de lecteurs :

félicitations, 10 juin 2014
 Ce commentaire fait référence à cette édition : Solitaire [Nouvelle]: Réalités Invisibles (Format Kindle)
La narration est parfaite, on s’y croirait et la description nous décrit les lieux à la perfection. C’est la seconde nouvelle que je lis de cet auteur, j’attends la suite avec impatience.
Bonne lecture a tous et bonne route à M Eric Costa

 


 

 

Extrait :

Des éclats de voix masquaient la musique du vieux juke-box. L’air empestait la bière et le renfermé. Des volutes de fumée rasaient les peintures écaillées, comme une brume sur un marécage.
Dans l’ivresse générale, Alexander Herculano s’accrochait au comptoir comme un naufragé du soir. Des cercles bleuâtres entouraient ses yeux. En silence, il retourna machinalement la dernière carte de son solitaire.
Dame de coeur.
— Fais le deuil, conseilla Hank. Arrête de te rendre malheureux ; t’es pas responsable.
Alex leva un regard las vers le barman, qui le fixait d’un air grave :
— Tu peux pas comprendre. Elle était tout pour moi…
La fin de sa phrase mourut sous les bavardages confus environnants. Dans une profonde indifférence, Alex balaya les clients des yeux. Faciès rougeâtres, yeux hagards, rires avinés. Il s’arrêta sur l’écran cathodique accroché au mur. Le visage d’Alfred Hitchcock apparaissait en gros plan, surmonté de la mention : Flash spécial : Amérique en deuil ; le maître du suspense décédé. 1899-1980.
Il repoussa son verre vide en direction de Hank :
— Faudrait supprimer le 29 avril du calendrier… ressers-moi et oublie la psychologie de comptoir.
— T’as déjà bien assez bu, Alex. Vaut mieux que tu rentres chez toi.
Alex se laissa tomber de son tabouret, et s’approcha de lui en titubant. Il dut s’agripper à l’un des piliers du bar pour ne pas se retrouver à terre.
— Tu tiens même plus debout, observa Hank.
Alex vacillait comme sur le pont d’un bateau en proie à la tempête. Des rires se détachèrent des conversations et du fond musical grésillant :
— Faut savoir s’arrêter, mon gars, s’esclaffa un individu au teint couperosé.
— C’est ta femme qui va être déçue quand t’arriveras pas à mettre la clé dans la serrure !… ajouta son acolyte sur un ton moqueur.
Le regard noir d’Alex leur fit replonger le visage dans leurs pintes de bière. Près du billard derrière eux, deux hommes en perfecto échangèrent une grimace complice.
— Écoute, Hank, tu sais pourquoi je suis là ce soir ? demanda Alex en se retournant vers le comptoir.
— Oui, je sais… répondit le barman d’une voix agacée. Ça fait dix ans que Meredith nous a quittés…
Il soupira et fit couler une Lager dans une chope qu’il tendit à Alex.
— Allez, c’est pour moi, concéda-t-il en déposant la bière sur le bois vétuste.
Alex engloutit le liquide d’un trait. Une trace de mousse s’échoua sur sa barbe négligée.
— Je revois la scène comme si c’était hier, confia-t-il le regard perdu. Je revois ce vagabond en haut de l’escalier, avec ses cheveux gras et son pull-over troué. Je suis monté pour l’arrêter. J’ai réussi à le blesser au visage, mais il m’a échappé. Il a dévalé les marches en enjambant le corps de Meredith, il a fui dans la cour… c’était prémédité !
— Tiens, c’est nouveau, ça. Mais comment tu peux être sûr qu’il avait tout prévu ?
— Parce qu’il m’a appelé par mon prénom !…
— Mais quelqu’un l’a vu ?
— NON ! rétorqua Alex en hurlant. Personne ne l’a vu ! Il a disparu par la porte de derrière, que seuls ma femme et moi savions ouvrir !… Il avait tout manigancé, je te dis !
— Il l’a peut-être forcée. Avec l’adrénaline, on est capable d’accomplir des prouesses…
— J’aurais pas dû le poursuivre, poursuivit Alex avec une voix faible. Quel idiot j’ai été ! Les flics ont pris ça pour une tentative d’évasion…
Hank s’approcha :
— Écoute Alex, conseilla-t-il en observant ses yeux injectés de sang. Tu peux plus rien y faire. Tu vas te gâcher la vie encore combien de temps avec cette histoire ?
— Tant que j’aurais pas retrouvé cette pourriture qui m’a envoyé en prison à sa place ! aboya Alexander.
D’un mouvement brusque, il reposa la chope sur le comptoir et nettoya sa barbe d’un revers de manche. Autour de lui, les discussions avaient cessé. Du juke-box crépitant s’éleva la voix de Gloria Gaynor :
— At first I was afraid… I was petrified… kept thinkin’ I could never live without you by my side…
Hank fixait Alex dans les yeux, sans ciller. Les deux hommes aux perfectos s’approchèrent du trouble-fête en silence.
— C’est bon… fit Alex en baissant la tête. J’ai compris.
Il tourna les talons et sortit du bar.

 

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